Les scieurs de long


Au temps où les planches se nomment des ais (14ème siècle), les scieurs de long sont des soyeurs d’ais. La technique est déjà pratiquée sous l’Antiquité romaine...

Scieurs sédentaires, itinérants, ambulants

Au temps où les planches se nomment des ais (14ème siècle), les scieurs de long sont des soyeurs d’ais. La technique est déjà pratiquée sous l’Antiquité romaine. Elle traverse les siècles jusqu’au début du XXème siècle. Les scieurs de long ont des origines et des modes de vie diverses.

  • Les sédentaires travaillent à proximité de leur domicile, pour la journée, parfois pour la semaine. Les hommes exercent ce métier de génération en génération et la main-d’œuvre locale est suffisante.
  • Les itinérants, souvent parents, vont dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres autour de leur village, à l’intérieur de l’arrondissement. Sur leur passage, on les reconnaît avec leur besace sur l’épaule et leur outillage. Ils travaillent à façon chez les particuliers, les petits artisans et les fermiers : une pile de rondins, bien entassés dans un coin de la cour les attend. Hommes connus et reconnus, on leur offre le gîte et le couvert. Une fois leur travail achevé, ils s’en vont frapper à une autre porte, toujours à pied. Généralement, ils sont scieurs à la mauvaise saison et paysans lors des beaux jours.
  • Les ambulants parcourent inlassablement les campagnes à la recherche d’une opportunité. Sans attache familiale ni résidence fixe, ils espèrent être nourris, hébergés ou mieux recevoir quelques pièces.

Tous ces hommes vont à la scie par nécessité et non par goût du voyage. Le climat, avec des hivers neigeux et sans fin, contraint ces paysans montagnards à une trop longue période d’inactivité. À ces laboureurs se joignent de modestes commerçants et artisans.

Le quotidien sur un chantier : sur les dents

Avec ses sabots, sa modeste tenue (pantalon de velours, traditionnelle blouse bleu foncé, grand chapeau ou vaste béret), son baluchon avec quelques rechanges et bien sûr quelques outils (haches, limes, chaînes, passe-partout et grande scie démontée), le scieur prend la route à pied, parcourant des centaines de kilomètres, par étapes.

Les gars qui travaillent en ville se réunissent pour louer une chambre à moindre frais dans le quartier ouvrier. En milieu rural, s’ils ne sont pas logés par l’employeur, le plus souvent, ils se construisent des cabanes plus miséreuses les unes que les autres sur le lieu du futur chantier. Ces constructions de fortune doivent être étanches pour les prémunir des intempéries et des bêtes sauvages. Les poêles ne sont pas légion et souvent le chauffage provient du feu à l’âtre : après une journée de dur labeur, le scieur a besoin d’un peu de chaleur pour réchauffer ses membres engourdis et sécher ses vêtements. Parfois, le froid est tel que les scieurs doivent battre en retraite. Le mobilier est des plus sommaires. La nourriture est frugale mais nourrissante pour ces travailleurs de force. La célèbre soupe du scieur de long, dans laquelle la cuillère tient debout, est de rigueur …

Une équipe de scieurs se composait toujours d'un couple d'hommes : celui qui se trouve en haut de l'échafaudage se nomme "chevrier", celui qui est en dessous se nomme "renard", et il protège ses yeux de la sciure par un vieux sac ou un grand chapeau. Debout sur le rondin, ou plus souvent une pièce précédemment équarrie à la hache, le chevrier (ou écureuil ou singe) remonte la scie, qui descend ensuite de son propre poids, aidée par l'impulsion du renardier (ou renard ou patron) qui se situe sous le rondin. Une équipe peut ainsi réaliser un travail d'une grande efficacité. On retient le développement spécialisé des scieurs de longs du Massif central, principalement au XIXème siècle et début XXème siècle, travailleurs saisonniers souvent nomades. Le sciage de long est aussi une tâche liée aux chantiers de charpente.

Le matériel

À cadre ou à lame rigide suivant les époques et les lieux, les scies de long utilisent des dents rabot asymétriques qui ne travaillent que dans un sens. La lame démontable permet d'être retirée du bois au milieu de la longueur lorsque le bois s'est resserré sur le trait de scie, ou que des coins maintiennent ce dernier ouvert. La denture nécessite un affutage parfois savant, opéré à la lime. Plus laborieux que l'équarrissage à la hache du bois d'œuvre, le sciage présente comme difficulté particulière la manutention des pièces de bois en hauteur, effectuée à l'aide d'une chèvre de sciage, ou bien d'une chèvre de levage et d'un tréteau de scieur. Parfois, une fosse était creusée sous les madriers ou grumes à scier. Quelle que soit la technique, le passage de la scie au niveau des appuis de la pièce sciée nécessite un déplacement de celle-ci, généralement en la faisant pivoter, verticalement ou horizontalement sur son support central, et en attaquant par l'autre bout. Cette technique crée, par rupture anticipée du reste de bois lorsque les deux traits de scie sont sur le point de se rejoindre, une marque de forme trapézoïdale, fréquemment rencontrée dans les charpentes anciennes.