Les Cordiers


Avant que n'apparaissent les manufactures, on trouvait des artisans cordiers dans toutes les régions et en particulier dans les régions maritimes...

Un peu d'histoire

Avant que n'apparaissent les manufactures, on trouvait des artisans cordiers dans toutes les régions et en particulier dans les régions maritimes.

C'est un métier très ancien que l'on pratiquait souvent en complément de son activité principale. Ceci de père en fils. 

Le cordier était l’un des seuls métiers où il fallait marcher à reculons sur plusieurs dizaines de mètres pour produire une corde, cette ficelle si banale mais dont nous avons tous besoin dans la vie de tous les jours.

Les cordes créées servaient surtout dans le milieu de la navigation. Le paysan aussi a besoin de cordes pour maintenir les gerbes de blé. Le jardinier a besoin du cordeau pour faire un sillon droit et le maçon pour bien aligner son mur. Les artisans du bâtiment ont besoin de cordes pour lier leurs échafaudages. Les tapissiers, matelassiers, les relieurs et les tisserands ont besoin de ficelles. Les semelles des espadrilles sont en corde de chanvre.

L'usage du lien végétal remonte à des temps reculés et les cordiers existèrent bien avant que ne soit fondée au XIIIème siècle, la corporation des cordiers-criniers.

Le patron des Cordiers est St Paul. Il figure sur les armoiries de leur corporation.

Matière première utilisée

Le matériau le plus utilisé est le chanvre, la récolte se fait par arrachage.

Cependant le lin, le crin, le tilleul, le coton, le sisal, la jute, et la paille (peu solide) pouvaient aussi être employés par le cordier. A l’heure actuelle, on remplace le plus souvent les matières naturelles par les synthétiques. Les cordages des navires étaient très souvent réalisées en chanvre. Le principe du cordier est de tordre les fibres ensemble en s’éloignant à reculons du point de fixation de départ.

Pour filer le chanvre, il faut d’abord rouir celui-ci, c’est-à-dire le laisser macérer dans l’eau, afin que les fibres textiles puissent aisément se séparer de la partie ligneuse, puis le broyer à l’aide d’une broie, sorte de grande mâchoire en bois, parfois en métal qui se referme sur les tiges. En passant les plantes dans la broie, toutes les parties non fibreuses sont broyées.

Les outils et la technique

Le premier travail du cordier consiste à préparer le chanvre qu'il a acheté ROUI et BROYE.

Pour cela, il utilise différents peignes aux dents plus ou moins longues et écartées (aussi appelés SERAN).Le plus grossier sert à débarasser le chanvre des débris d'écorce de la tige, c'est le TEILLAGE. Le plus fin sert à séparer les fibres en fils très fins, c'est le PEIGNAGE;

Vient ensuite le FILAGE. Après avoir fait une boucle qu'il accroche au ROUET, le cordier va dévider le chanvre tout en reculant. Le rouet comporte au moins trois crochets se déplaçant par une seule manivelle. A l'autre bout se trouve un crochet pivotant fixé sur un poteau monté sur des roulettes ou un patin, nommé le CARRE, cette pièce est mobile car elle doit avancer au fur et à mesure que les fils se tendent.. On enroule un bout de fils sur ce crochet et à l'autre bout, tour a tour sur l'un des trois autres crochets.

Après le filage, le travail consiste à réunir plusieurs fils ensemble afin d'obtenir un TORON. Quand les fils sont tous en place, un ouvrier fait tourner les crochets du rouet tandis que le cordier maintient les fils séparés par groupe à l'aide d'un TOUPIN (pièce en bois rainurée qui est placée entre les fils ) qu’il tient le plus près possible du carré. Cela a pour effet de produire un fil tordu sur lui-même. Tout l'art du cordier consiste à dévider le chanvre le plus régulièrement possible. La mèche accrochée au rouet qu’entraine la grande roue, lentement s’étire et s’enroule en un toron plus ou moins serré. A mesure que les fils tordus deviennent des torons, ils rapprochent le carré du rouet.

Après obtention des torons, il faut les réunir entre eux pour obtenir une corde. Cette opération se nomme COMMETTAGE. L’opération dite "commettage" permet de réunir les fils par torsion pour la fabrication des cordes. Quand les torons sont tordus au point de vriller, le cordier immobilise le carré, il fait avancer le toupin vers le rouet et la magie s’opére, les fils se tordent dans le sens inverse de la torsion des fils et forment la corde. Ce qui fait que la corde ne se détord pas. Peu à peu, les torons se mélent en une torsade régulière qu’arrêtera une épissure.

La corde se raccourcit d'environ 1/3 pendant la fabrication.

Quelques dates

Les statuts des cordiers du Moyen-Age remontent au 17 janvier 1394. La corporation des Cordiers de St Valéry sur Somme est née en 1503. En 1692, sous l'impulsion de Colbert, la Corderie Royale de Rochefort est édifiée dans un bâtiment de 370 mètres de long.